1, chapitre 2, 3 - La messe dans le désert du Néguev

Publié le par Monique G. / La grâce de l'Unité

La profondeur du désert entre dans la profondeur de nos cœurs
La profondeur du désert entre dans la profondeur de nos cœurs
La profondeur du désert entre dans la profondeur de nos cœurs

La profondeur du désert entre dans la profondeur de nos cœurs

Chers amis, lecteur, lectrice,

Nous nous retrouvons pour nous enfoncer dans le désert ! Et ainsi entrer dans le cœur à cœur d'un vaste et inconnu cœur ! Bientôt IL va se révéler à nous ! Révélation pour vous aussi, si vous le désirez, j'en forme le vœu !

"Puis après ce temps de louange, nous marchons jusqu’au car. En y montant, nos bagages chargés dans les soutes, le Padre nous interpelle : « Les brebis du Seigneur sont-elles toutes là ? » Immédiatement, chaque ange-gardien recherche du regard son protégé. Après la montée de toutes les brebis du Seigneur, les portes se referment. Le car démarre. Tel un prélude, le Padre entonne cette ritournelle à chaque montée. Ensuite nous reprenons la route de la veille. Nous bifurquons vers le sud d’Israël par l’unique route traversant ce désert. Le guide, coiffé de son chapeau façon Indiana Jones prend le micro. Nous l’écoutons attentivement. Il nous explique les racines des mots hébraïques. Le Padre et lui nous édifient en comblant nos lacunes par leurs connaissances bibliques et linguistiques : « En hébreu, le désert se dit midbar et s’écrit mdbr. L’hébreu s'écrit sans voyelles. Dbr, dabar, désigne la parole. Ce désert a été le patrimoine d’une des douze tribus d’Israël. Le peuple de Dieu a reçu dans le désert du Sinaï près de ce désert, les dix paroles, le décalogue. Dieu a conduit son peuple au désert pour lui parler. C’est le lieu de la Parole, et aussi celui de l’écoute. » Notre guide passe avec aisance de la chronologie des faits aux passages bibliques et à ceux liés à la géographie, à l’habitat. Son discours d’une grande finesse et cohérence est agrémenté d’histoires anecdotiques. La traversée se poursuit. Elle est rythmée par l’écoute du guide, du Padre, du paysage, du désert habité. Des vues impressionnantes s’imposent à nos yeux, sous un ciel bleu azur sans aucun nuage. Le beau temps est présent. En cette fin du mois d’octobre 2010, la température est plus qu’estivale. D’après notre guide, elle est plus élevée que d’ordinaire à cette saison. Arrivés au milieu de nulle part, sur le tracé de cette route, Hicham ne peut plus continuer vers la direction désirée par le Padre. Il s’arrête. Les portes s’ouvrent. Sur une bonne distance, nous continuons à pied avant d’arriver au plus haut niveau d’une des falaises du Néguev. Tout en marchant, nous regardons ces vastes étendues. Elles font écho aux paroles du guide et du Padre : « Le désert est le lieu du silence, de la source de vie. La source en hébreu signifie œil. Celui qui voit, vit (vivre). Jésus s'est retiré au désert de Juda pour prier. Le désert est le lieu de la Parole et de la sécheresse. La source est aussi l’eau. À l’Horeb, elle a jailli : "Le peuple était là, pressé par la soif, et murmurait contre Moïse. Il disait : Pourquoi nous as-tu fait monter hors d'Egypte, pour me faire mourir de soif avec mes enfants et mes troupeaux ?   Moïse cria vers Dieu, en disant : Que ferai-je à ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront.    Dieu dit à Moïse : Passe devant le peuple, et prends avec toi des anciens d'Israël ; prends aussi dans ta main ta verge avec laquelle tu as frappé le fleuve, et marche !   Voici, je me tiendrai devant toi sur le rocher de l'Horeb ; tu frapperas le rocher, et il en sortira de l'eau, et le peuple boira. Et Moïse fit ainsi, aux yeux des anciens d'Israël" Ex 17, 3-6"  

   Ce désert, nous en prenons petit à petit sa dimension, illimitée. Il nous visite de l’intérieur, nous restaure, nous apprend à comprendre comme des pauvres, les petits dont parle l’évangile, et non comme des savants : « En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit : je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l'as voulu ainsi. Toutes choses m'ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Mt 11, 25-27. Depuis notre descente du car, nous suivons le binôme, le guide et le Padre, en tête de cortège. Arrivés sur l’une des hauteurs du désert où peu de personnes s’aventurent, notre sacristain tire d’un sac à dos, des linges. Quelques pierres posées les unes sur les autres nous servent d’autel. Les linges liturgiques majeurs sont au nombre de cinq telles les cinq plaies principales du Christ en croix. Le corporal évoque son linceul. Sur lui reposent le calice et la patène. Ce linge est amidonné et brodé d’une croix au milieu d’un de ses côtés. La pale, carré de toile cartonné, couvre le calice et protège le précieux sang. Ce vase sacré peut être recouvert d’un voile d’une couleur identique à celle de la chasuble du célébrant. Le purificatoire sert à nettoyer le calice des lèvres et des doigts du célébrant. En son centre, une croix est brodée. Le manuterge sert à essuyer les mains du prêtre après les avoir lavées durant le geste dit du lavabo. Il est tout blanc ou brodé d’une croix dans un coin. Puis l’autel est recouvert d’une nappe rappelant le symbolisme de la table du banquet eucharistique. Les linges installés, le sacristain pose le calice. Cet objet de matière noble est un contenant précieux pour un chrétien. Lors de la messe, le précieux Sang y est présent. Face à cet autel, assis à même le sol, la plupart d’entre nous buvons cette nature, la respirons. Tous petits en son sein, sa nudité nous attire et nous repose. Durant la messe nous méditons sur le parcours d’Abraham et la Parole : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. Maintenant, lui dirent les Juifs, nous connaissons que tu as un démon. Abraham est mort, les prophètes aussi, et tu dis : Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. Es-tu plus grand que notre père Abraham, qui est mort ? Les prophètes aussi sont morts. Qui prétends-tu être ? Jésus répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien. C'est mon père qui me glorifie, lui que vous dites être votre Dieu, et que vous ne connaissez pas. Pour moi, je le connais ; et, si je disais que je ne le connais pas, je serais semblable à vous, un menteur. Mais je le connais, et je garde sa parole. Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu'il verrait mon jour. Il l'a vu, et il s'est réjoui. Les Juifs lui dirent : Tu n'as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham ! Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis. » Jn 8, 51-58.  Lors de la messe, un bruit de moteur se fait entendre. Par notre arrivée à pied, nous savons que seule une voiture tout terrain peut venir ici. Discrètement certains tournent les yeux sans bouger la tête. Des soldats, mitraillettes au poing, s’approchent. Le guide se détache du groupe et se dirige vers eux.

 

Plus tard dans la journée, il nous rapportera leurs échanges :

«  - Qu’est-ce que fait ce groupe-là ? Il est interdit de venir en cet endroit.

 - Ce sont des Français en pèlerinage qui font une messe.

 - Qu’est-ce que c’est une messe ?

 - C’est leur façon de faire la prière. Ils terminent bientôt.

 - Bien, dès qu’ils ont fini, qu’ils partent et reprennent leur car. »

 

Ces militaires ont fait leur travail, tout en respectant notre temps de prière. Malgré cet incident, la messe se vit intensément en chacun de nous. Imprégnés du silence émergeant de cette immensité, la résonnance du Créateur dans sa création nous remplit. Dès la fin de la messe, en silence, nous reprenons la piste en sens inverse de notre arrivée. Passant près des militaires, d’un léger signe de tête, nous les saluons. Ils nous répondent de la même façon. En ce désert, nous méditons sur toutes les découvertes de la matinée. Nous marchons avec Dieu qui sauve. Dieu est présent en nous, avec nous. Grimpés dans le car retournant à l’auberge de Mitzpe Ramon, en nos fors intérieurs, nous sommes différents de la veille. Lors du repas, nous partageons nos premières impressions de ce début de pèlerinage."

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